Dix idées bizarres sur la vie religieuse

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Voilà, il vient d’arriver. C’est le petit dernier et j’en suis particulièrement fière. Tout le défi a été d’écrire dans un style direct et punchy. Le résultat est dans ce petit livre.
La critique qui me touche le plus, c’est quand on me dit que ce livre rejoint aussi des personnes qui ne sont absolument pas concernées par ce style de vie. Une preuve de plus que quand on touche au très singulier, on touche à l’universel.
Merci à MédiasPaul pour sa confiance.

10 idées

anti-gel

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La théologie, c’est de l’anti-gel pour que notre discours sur Dieu ne soit pas pris dans les glaces.

je souligne

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Hier, j’ai commencé à relire un livre d’Hannah Arendt. Et en lisant, je me suis surprise à reconnaître ma façon de souligner le texte, avec un critérium ou au crayon à papier, jamais au stylo. Un trait fin et hésitant. Je souligne ce qui me plaît et m’aide à penser. Je souligne ce que je voudrais intégrer. Hier, je me suis surprise à avoir envie de mettre en valeur les mêmes endroits, les mêmes idées. Au début, je l’ai mal pris. Qu’ai-je retenu des lectures précédentes si ce que je lis m’étonne encore ? Et puis, j’ai lâché. Je suis finalement assez contente de cette cohérence. Je creuse peut-être les mêmes idées depuis des années. Je suis toujours aussi surprise par la beauté de certaines réflexions, par la façon de les dire. Je suis contente de tout ce qui me dépasse encore et qui me tire vers le haut. J’aime ce sentiment de transcendance simple et déroutante.

Et tout cela me fait penser à un poème de Blaise Cendrars, que je m’efforce de ne surtout pas retenir pour avoir la bonne surprise de le redécouvrir. Le voilà:

« Tu m’as dit si tu m’écris
Ne tape pas tout à la machine
Ajoute une ligne de ta main
Un mot un rien oh pas grand chose
Oui oui oui oui oui oui oui oui
Ma Remington est belle pourtant
Je l’aime beaucoup et travaille bien
Mon écriture est nette est claire
On voit très bien que c’est moi
qui l’ai tapée
Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
Vois donc l’oeil qu’a ma page
Pourtant, pour te faire plaisir j’ajoute à l’encre
Deux trois mots
Et une grosse tache d’encre
Pour que tu ne puisses pas les lire.

une journée de travail

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J’ai passé ma journée à travailler une intervention sur la fraternité dans la Bible. Dehors un orage a duré toute la journée. A la fin, c’est le chaos. Dehors, dedans, sur ma table de travail. J’en ai fait un petit aperçu, en rajoutant une version décalée et colorisée. Histoire de m’aider à remettre un peu d’ordre dans ma tête.

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Déplacements

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« Mettre en mots les doutes, les hésitations, les incertitudes.
Dire.
Quelle question soulevée nous fera faire ce pas de plus qui lèvera les interrogations, nous déplacera suffisamment pour que s’ouvre un chemin, certes ténu, mais indispensable à toute aventure.
La liberté au-delà des limites déjà posées et connues. Recommencement sans fin d’une quête ouverte, d’un projet en suspension. »

Alors ? Écrit spirituel? Journal intime d’un saint? Non. Réflexion du peintre Claude Viallat sur son travail.

« Tenir cette fragilité d’une intuition et trouver la liberté dans la contrainte. Plus on avance, plus la peinture s’affirme dans le dépassement de ce que nous croyons tenir, loin des constructions établies, dans les béances neuves qui nous intimident encore. »

In Claude Viallat. Écrits, p.145 ( préface Pierre Manuel). Texte de 2011.

Parler demande du souffle

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Hier, discussion et débat autour du second récit de création présent dans la Genèse, en Gn 3. Dieu prend de la poussière de la terre et modèle un humain. Première info : nous sommes une poterie fragile. Puis « il insuffla dans ses narines l’haleine de vie ». Dieu anime l’homme de son propre souffle. Le souffle de l’Homme est le souffle de Dieu. C’est ce souffle qui nous rend vivant. C’est lui que l’on rend au dernier moment. Il n’y a pas d’âme dans ce texte. Une étudiante fait remarquer que le souffle est ce qui permet la parole. Je n’avais jamais pensé à ça. Le souffle premier se transforme en mots. Une façon de se passer la vie en se parlant.

dialogue

En Gn 3, le serpent est le premier à parler à la femme. Adam avait parlé sur elle, il s’était dit à lui-même combien il était content qu’elle lui ressemble. Puis silence. Le serpent rentre dans le jardin, espace clos qui n’est pas son territoire. Il s’adresse à la femme et elle lui répond. Un dialogue s’engage dont on connaît l’issue. Le serpent est le premier à considérer la femme comme une personne digne de dialogue. Il lui parle, elle l’écoute, elle répond, elle se sent exister, elle prend des décisions. Que deviennent les personnes à qui personne ne parle jamais? Pourquoi laisser aux serpents la possibilité de leur parler en premier?

A quel moment devient-on fanatique?

En me posant cette question, j’ai cherché l’origine du terme « fanatique ». Ce mot, qui vient d’abord de fanum le temple, désigne les personnes qui se disent inspirées par Dieu, qui se perçoivent comme les réceptacles de sa colère. En bref, le fanatique se prend pour Dieu et se permet d’agir en son nom.
La Bible (où l’on rencontre aussi des individus de ce type) propose d’autres pistes de travail.
Dans le livre des Psaumes, les prières montrent un croyant qui s’interdit la violence. Il la souhaite, il sait qu’il la souhaite et cette réflexivité lui donne suffisamment de recul pour s’interdire le passage à l’acte. Conscient de sa violence et se sachant incapable de la dépasser, il remet dans les mains de Dieu son exécution. C’est ce qu’on appelle un aiguillage théologique, une diversion, un plan B. Même si on peut souhaiter mieux comme vie spirituelle ou comme représentation de Dieu, cette vision des choses a dû sauver pas mal de vies.
Une autre piste est présente en Matthieu 25, texte qui transmet un enseignement de Jésus où il explique à ses disciples que chaque fois qu’un prisonnier ou un malade est visité, que l’on nourrit quelqu’un qui a faim ou que l’on donne à boire à quelqu’un qui a soif, c’est à Dieu lui-même qu’on le fait. A bien y regarder, ce texte propose exactement l’inverse de la logique fanatique. Alors que le fanatique veut imposer le Dieu qu’il a en lui, ce passage propose d’accueillir Dieu en l’autre. Dans les deux cas, Dieu est présent à travers des personnes. Dans le fanatisme, la compétence travaillée est la supériorité, dans l’autre, c’est l’écoute. Dans le fanatisme, tout le monde en meurt physiquement et spirituellement. Dans l’aiguillage de Matthieu 25, tout le monde en vit. Mieux.

Réponse d’Etty Hillesum à une question qui pourrait être la nôtre

« C’est la seule solution, vraiment la seule, Klaas, je ne vois pas d’autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà. »

De la juste compréhension de la communion

Week-end de travail sur la relation et les émotions. Un long retour en voiture (sous le soleil) me permet de comprendre quelque chose que je n’avais pas perçu. « Aider quelqu’un à porter sa croix »: expression catho un peu ringarde ! Mais si on regarde de près, aider quelqu’un à porter sa croix, ce n’est pas lui prendre sa souffrance. Ce qui s’avérerait à la fois impossible et malsain. C’est l’aider à porter un bout de son problème, c’est-à-dire l’aider dans ce qui est la cause de sa souffrance : ce qui lui pèse ou ce pour quoi la chose lui pèse. C’est cela la communion (com-munus), le fait de porter ensemble la même charge. Il n’y a donc pas d’affect dans la communion.

Making of des 12 tribus

En regardant d’un peu plus près la généalogie des 12 tribus d’Israël, on peut reconstituer les enfants que Jacob a eu avec 4 femmes différentes :

Lea : Ruben (1), Simeon (2), Levi (3), Juda (4), Issakar (9), Zabulon (10), Dina (11).
Zilpa (servante de Lea): Gad (7), Asher (8)
Rachel : Joseph (12), Benjamin (13)
Bilha (servante de Rachel) : Dan (5), Nephtali (6)

Donc, en résumé:
Les 12 fils de Jacob ne sont pas des frères mais des demi-frères.
Jacob a eu une fille, Dina, qui disparaît de la généalogie.
Jacob n’a pas eu 12 mais 13 enfants.

Raconter l’histoire, c’est toujours la réécrire! Comme disait un de mes profs, l’important, c’est d’être conscient de ses présupposés!

Créer dans la cuisine

Il y a quelque chose de très réjouissant à voir danser ce garçon au bonnet dans sa cuisine. Quelque chose de très ancien et de très moderne. Les rideaux blancs brodés et la chaise en formica ne sont pas modernes, ni la bourrée dansée déjà par ma grand-mère. Mais il y a quelque chose dans l’attitude de ce garçon, qui pose une caméra par terre pour se filmer, d’infiniment libre. De créatif et de léger.
C’est peut-être une obsession, mais c’est aussi un peu cela l’interprétation biblique, le mélange d’une danse venue du passé, avec une interprétation affranchie des contraintes académiques. Et pourquoi ne pas danser tout seul dans sa cuisine avec un bonnet sur la tête?

Merci à lui pour cette liberté!

Quelque chose du quotidien

Je suis en train de lire le dernier livre de Christian Salenson sur une retraite donnée par Christian de Chergé. Je relève, au passage, quelques phrases sur l’interprétation biblique. J’aime bien cette idée que l’interprétation n’a pas à être exceptionnelle mais à rejoindre ce qui fait la vie :

« Nous doutons de nous-mêmes et nous avons raison. Mais nous doutons un peu de l’Esprit Saint et c’est lui qui nous fournit la clé. Souvent, nous cédons à cette paresse spirituelle qui nous fait attendre le sens d’un autre. Nous ne croyons pas assez que l’Esprit qui est en nous peut nous ouvrir aujourd’hui une porte, celle dont nous avons besoin pour vivre aujourd’hui. Nous pensons que nous allons être incapables de trouver quelque chose de beau. Il ne s’agit pas de trouver quelque chose de splendide et de sublime: il s’agit de trouver quelque chose du quotidien, notre pain de ce jour. »

Christian Salenson. Retraite sur le Cantique des cantiques par Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine. Nouvelle Cité, 2013,p.26

Modernité de la vie religieuse

Je travaille depuis plusieurs années pour des congrégations religieuses, ce qui est toujours un grand plaisir étant donné la liberté de ton que l’on y rencontre. Cette collaboration m’a amené à me pencher sur la pertinence de la vie religieuse aujourd’hui en Occident lors de deux interventions d’abord pour les jeunes religieux en février puis pour les supérieurs majeurs en novembre. J’ai essayé de mettre par écrit de façon plus systématique les réflexions qui sont nées de ce travail. Cela donne l’article ci-dessous :

Modernité de la vie religieuse

Je lirai avec plaisir vos remarques, vos commentaires et vos désaccords sur ce sujet.